Avec la crise, les bureaux virtuels séduisent les entreprises

Voilà un an que le télétravail, lorsqu’il est possible, est devenu la norme. Les échanges informels, nécessaires, se réinventent. Notamment en ligne, grâce à une flopée d’entrepreneurs, qui ont développé des bureaux virtuels.


Sur la plateforme française WorkAdventure par exemple, l’utilisateur promène son avatar dans un espace de travail plus ou moins ludique et à son image. Lorsqu’on croise un collègue ou un inconnu, magie, la visio se déclenche instantanément. À partir de quatre personnes, on se retrouve dans une salle de réunion.


Recréer du lien


Sur Teams ou Zoom, on parle les uns à la suite des autres, ce n’est pas comme dans la vraie vie. Pendant le premier confinement, on a voulu recréer le lien d’équipe qui se délitait chez nous en l’axant autour de petits collectifs​, raconte David Négrier, directeur technique de TheCodingMachine et « papa » ​de WorkAdventure.


bureaux virtuels chez WorkAdventure
Des bureaux virtuels chez WorkAdventure. | WORKADVENTURE

Aujourd’hui, entre 5 000 et 6 000 personnes – des entreprises, des organisateurs d’événements et des particuliers – utilisent la plateforme chaque jour, avec des pics à 500 utilisateurs simultanés​. Si les entreprises de la tech et les start-up en sont friandes, WorkAdventure séduit aussi d’autres secteurs. La Société Générale voulait ouvrir ses portes à 200 candidats stagiaires. Alors on a créé une carte où ils ont pu aller de salle en salle pour discuter avec les maîtres de stage.


Le coût pour les entreprises ? « 5 € par mois et par utilisateur » ​, annonce David Négrier, qui projette une levée de fonds d’ici à la fin de l’année. Car depuis un an, le marché est en plein essor. Les concurrents se nomment Branch, Gather Town ou TeamFlow, qui vient de lever 3,9 millions de dollars.



bureaux virtuels et recrutement chez WorkAdventure
En décembre, la Société Générale a organisé un forum pour recruter des stagiaires via WorkAdventure. | WORKADVENTURE
« Avec le virtuel, on perd un espace critique »


La crise sanitaire et les relations de travail à distance modifient notre relation à l’emploi. Pour mieux le comprendre, Fanny Lederlin, philosophe et autrice des Dépossédés de l'open space (19,90 €, Puf), rappelle la dimension collective, essentielle dans le monde du travail.


Les bureaux virtuels ont tout pour plaire, mais questionnent…


Les outils technologiques peuvent être de bons moyens de pallier les lacunes que l’on rencontre sans le présentiel, mais tout dépend de l’objectif qu’on leur assigne. Avant même l’analyse de l’outil, il faut s’interroger sur le regard que l’on pose sur le travail.


C’est-à-dire ?


Je considère que l’enjeu du travail est collectif. Partant de là, le télétravail pose de sacrées questions : quel sens on vient donner au travail désormais, quelles solidarités on noue, quel type de lien social on fabrique…


Qu’est-ce qu’on risque de perdre ?


Avec le tout virtuel, on perd un espace critique et subversif, qui me parait faire partie du travail. Au début, chacun a pu continuer ses tâches dans l’élan qui était le sien, mais à un moment donné, il va falloir retrouver une confrontation d’opinions, de regards sur le travail, pour que l’innovation, la créativité, les revendications salariales et les solidarités puissent se vivre à nouveau. Tout cela naissait de rencontres informelles, qui sont, pour moi, liées à la présence physique. Est-ce que ces espaces virtuels permettront de retrouver cette dimension collective ? Je ne sais pas.


Cela amorce-t-il la fin des bureaux physiques ?


Non, la logique de réduction du mètre carré par travailleur est antérieure à la crise du Covid. On l’a vu avec l’essor des open spaces et des flex offices. Et le télétravail peut être vu comme la continuité de cette réduction de coût. Mais là, on a l’opportunité de se demander, quand la crise sera passée, dans quel type de bureau on veut travailler.




La version originale de cet article a été publié sur Ouest-france.fr

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