Comment le télétravail freine la carrière des femmes

Dernière mise à jour : 26 avr. 2021


Femme en télétravail avec son enfant sur les genoux
Crédit photo : Brian wangenheim sur Unsplash

Elles s'appellent Géraldine, Fiona ou Clémence et témoignent de l'impact du télétravail sur leur vie, les interruptions des enfants, la vaisselle ou le linge à étendre à la moindre pause... Selon une récente étude du BCG, les femmes en télétravail sont interrompues 1,5 fois plus que les hommes et risquent davantage de faire un burn out. Peu d'entre elles ont un espace de travail isolé. Or l'importance d'une "Chambre à soi" comme le disait Virginia Woolf est primordiale. Le risque d'un "retour en arrière" est réel.



"Pendant le premier confinement, je n’avais pas une seconde pour moi. Je devais travailler la nuit pendant que les enfants dormaient", se rappelle douloureusement Fiona, salariée dans l’assurance. En mai dernier, lorsque le gouvernement décide de confiner le pays et de fermer les écoles, des millions de parents doivent concilier télétravail et école à la maison. Pour les femmes, qui s’occupent davantage des tâches domestiques et ménagères un long supplice commencent alors. "Mes enfants venaient me voir spontanément quand ils avaient un problème plutôt que mon mari, qui télétravaillait dans la pièce d’à côté", témoigne Géraldine, directrice de la communication d’une association écologiste. Si la réouverture des écoles a allégé le phénomène, la surcharge des femmes en télétravail reste toujours d’actualité.


Une enquête, publiée fin février et menée par le Boston Consulting Group (BCG) auprès de 2 000 salariés montre en effet que les femmes en télétravail ont 1,5 fois plus de risque d’être fréquemment interrompues. Et de fait, elles sont 1,3 fois moins nombreuses que les hommes à disposer d’un espace isolé. 34 % des femmes en télétravail s’estiment sur le point de craquer ou de faire un burn out. C’est 21 points de plus que les hommes. "La crise creuse davantage l’écart entre hommes et femmes dans la vie professionnelle", note l’autrice principale de l’étude, Jessica Apotheker qui craint que ce phénomène entraîne la perte de la prochaine génération de dirigeantes, celle représentée par les femmes de 25 à 40 ans en décrochage.


"Une arnaque pour les femmes"


"Le télétravail peut brouiller les frontières entre sphère privée et professionnelle", explique Lætitia Vitaux autrice sur le futur du travail. "Comme disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi, il est important d’avoir une pièce à part. Elle permet l’autonomie de la pensée et la concentration", avance-t-elle. "Sans cela, les femmes se retrouvent sous pression de la montagne de vaisselle à laver, du linge à étendre, du bébé à réconforter…", ajoute-t-elle. Un phénomène qu’a subi Clémence, chargée d’études. "Je ressentais une pression supplémentaire du fait d’être à la maison, mon conjoint n’étant pas en télétravail. Je me sentais obligée de gérer davantage de tâches ménagères".


Le télétravail, une "arnaque pour les femmes" résume Marie Donzel, directrice associée du cabinet de conseil AlterNego. "Au lieu d’aller boire un café avec les collègues sur leur temps de pause, elles vont aller lancer une machine à laver". Une résurgence de la double journée, partagée entre carrière professionnelle et corvées ménagères, qui peut être vue par la co-directrice d’AlterNego comme "un retour en arrière" pour les femmes. Si le tableau est sombre, il ne l’est pas pour toutes.


Plus d'implication des hommes


"Le télétravail a un impact extrêmement positif sur ma productivité, et les tâches ménagères sont partagées équitablement avec mon conjoint", témoigne Chloé, salariée dans le secteur agricole. De fait, l’étude menée par le BCG a également souligné que bien que le partage des tâches domestiques reste en moyenne déséquilibré, les hommes en télétravail se sont eux aussi davantage investis à la maison.


Ils étaient 46% à estimer avoir fait plus de tâches ménagères qu’avant la crise sanitaire, et 49% à avoir plus fréquemment accompagné et récupéré les enfants à l’école. "Les hommes ont longtemps exprimé que le foyer ne leur appartenait pas, mais le travail à distance leur a permis de se réapproprier cet espace. Il y a eu un retour de l’homme à la maison", estime Marie Donzel. Le BCG porte également un regard optimiste sur cette évolution, qui selon lui "laisse espérer une transition" vers un "nouvel équilibre" à plus long terme".


Marina Fabre, @fabre_marina et Pauline Fricot, @PaulineFricot




La version originale de cet article a été publié sur Novethic.fr

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